Philippe Shangti : un magicien de la photographie à Cannes

Entre engagement et humour, provoc et glamour, les photographies de Philippe Shangti véhiculent un message fort, sans jamais tomber dans le sermon moralisateur. L’art contre la drogue, contre l’abus d’alcool ou de luxe, contre la prostitution…. Des sujets sensibles, violents, trash, que l’œil du photographe sait sublimer dans un univers pop et coloré qui rend ses œuvres si particulières.

Philippe Shangti2

Pendant toute la durée du Festival de Cannes, vous aurez la possibilité d’admirer ses œuvres au VIP Room, théâtre des soirées les plus selects du Festival. La boîte de nuit branchée accueille, du 13 au 24 mai, sa dernière série « Luxury Overdose », ainsi qu’une sélection de ses meilleures œuvres depuis 2008. Et pour les plus curieux, un shooting en live sera organisé : l’occasion unique d’exprimer un message qui vous tient à cœur et de participer à l’élaboration d’une œuvre d’art inédite…

Deuxième temps fort sur la Croisette : la vente aux enchères organisée au profit de l’association « Wheeling around the World », qui se tiendra le 18 mai 2015 à l’Hôtel Majestic Barrière lors du prestigieux dîner de gala « Ciné-Arts ». Créée par Alexandre Bodart Pinto et parrainée par Nikos Aliagas, la Fondation soutient les personnes à mobilité réduite et milite pour leur offrir de meilleures conditions de déplacement et de voyage. A cette occasion, une des œuvres emblématiques de Philippe Shangti, « No Cocaïne Here Deluxe », sera mise à prix à partir de 24 500 €. L’œuvre fait partie de la série « Art vs. Drugs », qui dénonce les excès de la drogue. Tous les bénéfices seront intégralement reversés à l’association.

Vous l’aurez compris, rendez-vous à Cannes pour découvrir les œuvres de Philippe Sanghti ! Plus qu’un simple photographe, il est aussi un artiste engagé, un magicien qui sublime la réalité pour faire passer ses messages. Rencontre.

Comment êtes-vous venu à la photographie ?

J’ai toujours pratiqué la photo. J’ai continué lorsque je suis venu à Saint-Tropez, pour d’autres projets artistiques, et peu à peu, j’ai commencé à exposer, d’abord dans le village, puis en France, puis à Londres ou Amsterdam.

Qu’est-ce qui vous plaît à Saint-Tropez, pourquoi avoir choisi de vous y installer ?

Je suis tombé amoureux du village. Saint-Tropez est un véritable carrefour international, qui rassemble des gens du monde entier, et cela est fantastique pour un artiste observateur. Je ne voyais pas pourquoi repartir !

De quoi êtes-vous le plus fier dans votre parcours ?

Un artiste passe toujours inévitablement par une phase de questionnement sur le sens de ses œuvres, leur légitimité. Je pense que ce dont je suis le plus fier, c’est justement d’avoir trouvé un sens réel à mon art, lutter contre des causes dont on ne parle pas beaucoup – ou en tout cas pas assez : l’art contre la prostitution, contre la drogue…

Quelle est votre touche personnelle ?

Mes photographies sont très colorées, très contrastées, avec un éclairage toujours assez pointu. J’ai également l’habitude de m’approprier le modèle : en général, j’écris dessus le message que je veux faire passer. Mes œuvres peuvent se lire au premier, au deuxième, et même au troisième degré ! C’est ce qui fait leur originalité. Je cherche avant tout à perturber les esprits, les bousculer, les provoquer.

Improvisation ou réflexion ?

Les deux ! La préparation des mises en scènes est quelque chose d’extrêmement précis, réfléchi, et j’y consacre énormément de temps. Je sollicite beaucoup de personnes du milieu concerné parce que je ne maîtrise pas tout et que la photographie doit refléter la réalité.

D’un autre côté, il y a forcément une part d’improvisation, comme dans tout art. Prenez par exemple le shooting en live que je vais organiser à Cannes, sur la liberté d’expression. Le principe est réfléchi (j’ai mis trois jours pour le mettre en place !) mais tout le reste est de l’improvisation. Les gens pourront venir écrire sur un modèle avec un marqueur spécial – effaçable à l’eau ! – les messages forts qu’ils ont envie d’exprimer. C’est une occasion extraordinaire pour les gens qui aiment mon travail de participer à l’une de mes œuvres ! Les photographies seront immédiatement projetées sur de grands écrans dans la VIP room, un gros challenge mais qui promet d’apporter son lot de surprises ! C’est cela le plus important pour un artiste : ne pas seulement exposer en galerie, mais aussi et surtout garder le contact avec les gens.

Comment choisissez-vous vos modèles ?

La plupart du temps, ce sont des personnes que je croise de manière imprévue. Je ne vais pas chercher mes modèles mais j’attends qu’ils s’imposent à moi. Du moment qu’ils sont motivés et en phase avec mon projet, je considère que tout le monde est capable de poser, contrairement à la photo de mode.

Vous participez à une vente aux enchères au profit de l’association « Wheeling around the world ». Est-ce une cause qui vous tient à cœur ?

Bien sûr ! Je n’ai pas hésité une seule seconde lorsque l’opportunité s’est présentée à moi. Alexandre, qui représente l’association, est incroyable. C’est un jeune d’une trentaine d’années, en chaise roulante, et il met énormément d’énergie à défendre la cause des handicapés. Cet évènement me tient très à cœur, parce qu’il est en parfaite adéquation avec mon travail, mes valeurs et les messages que je souhaite faire passer à travers mes photos. Je n’ai donc pas hésité à céder pour l’occasion l’une de mes meilleures œuvres, sans doute la plus sollicitée par les collectionneurs, et je croise les doigts pour que ça marche parce que 100 % des bénéfices seront reversés à l’association ! Je prends un énorme risque, je le sais, mais c’est un risque que j’assume entièrement.

Quels sont vos projets après Cannes ?

J’ai plusieurs expositions de prévues, une à Ibiza et une aux Etats-Unis fin septembre.

Aujourd’hui, on peut également voir mes œuvres à Saint-Tropez, à L’Opéra, un établissement à la fois restaurant et galerie d’art. Six grands tableaux y sont exposés dont un de plus de 6m de long ! C’est d’ailleurs l’endroit où je fais la plupart de mes rencontres, que ce soient des modèles ou des personnes intéressées par mon travail qui me sollicitent pour des shootings privés du type photos de famille, mises en scènes… J’essaye d’en faire au moins un par mois pour faire plaisir aux gens.

Y a-t-il un sujet que vous avez particulièrement aimé traité ?

« Luxury Overdose », ma dernière œuvre. C’est une série qui traite de l’excès de luxe. La première photo met en scène des femmes en train de dîner avec sur leur table des mets de luxe tels que du caviar, des langoustes, du champagne. Elles portent des Rolex et de magnifiques bijoux mais arborent un air blasé. Sur la seconde photo, en parfaite opposition, elles se défont de toutes leurs parures, leurs richesses, et s’habillent avec le homard, le caviar, et tout ce qu’il y a sur la table ! Par ce geste, elles se subliment. C’est une œuvre qui résume toute ma démarche photographique : je prends un message violent, trash, et je le fait passer d’une manière sublimée.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*